Dune 3, bientôt au Cinéma

En décembre, le Rakinou connaîtra la conclusion épique de la trilogie. C’est la promesse que lui font Legendary et la Warner Bros, si l’on en croit les bandes-annonces, dont une deuxième version vient d’être diffusée. Et comme les promesses n’engagent que ceux qui les croient, voyons donc un peu s’il est raisonnable de croire. Car croire, c’est voir. Voir, c’est aller au cinéma, et aller au cinéma, c’est donner ses sous aux majors, à la LHP et aux vendeurs de sucreries en salle… et quid du texte !?

Warner Bros.

Quelle part, comme annoncé dans la Partie Deux, Denis Villeneuve continue de prendre la tangente par rapport au récit de Dune : il suit sa propre courbe et prend ses libertés pour concilier sa vision du texte, son interprétation des thématiques, les contraintes de narration à l’écran et, quelque part, le public. Le Rakinou averti aura, au visionnage des deux bandes-annonces, vu ce qui relève du texte, de son interprétation et de son invention, et si certaines scènes intriguent, elles ne demandent qu’à être remises en contexte lors d’un visionnage complet.

Par exemple, Paul et Chani portant chacun un des jumeaux de manière très bobo-urbaine relève-t’il d’un extrait d’une vision de Paul ? D’autres éléments semblent faire écho à des éléments situés dans le cycle plus lointain: Alia présidant au culte de Muad’Dib, semble être un emprunt au Enfants de Dune alors que la scéne dans laquel un Shai-Hulud stoppe net devant Chani s’inspirerait de Siona dans les Hérétiques de Dune. D’autres, encore, passeront pour plus fantasque dans l’oeil de l’orthodoxiste épidermique, sans forcément être totalement idiot, comme faire du parapente dans le désert.

Aussi, tout ce qui nous est donné à voir ne se situe pas que dans l’action pure, mais aussi dans l’intime. La relation Paul/Chani est au centre, avec un jeu de miroir entre la première bande-annonce, dans laquelle la première scène quasi mièvre contraste radicalement avec celles, conflictuelles, de la deuxième. Si la première scène pourrait être toute droite sortie du texte de Frank Herbert, celle du conflit ouvert entre Paul et Chani relève plus d’une technique d’externalisation du conflit interne de Paul.

the new hype has reached Arrakeen-town: revitalizing face mud therapy for fallen princesses (with spice-enriched high quality deep-desert sand)

Il n’est pas interdit alors de penser que la scène de combat de Paul contre ce que le Rakinou sait être Hayt, ghola numero uno de Duncan, fait partie de cette logique aussi. À travers les images des deux bandes-annonces, Paul semble être mis en difficulté par Duncan le revenant tout en finissant par démontrer son ascendant. L’image de l’élève ayant surpassé son maître n’est celle qui faudra retenir, dans la mesure où Duncan était un compagnon et ami, et Gurney l’instructeur : ici, c’est plutôt le doute psychologique du livre qui est transformé en un duel, matérialisant quelque part le fait que, pour Paul, le passé (Duncan) est devenu une menace physique immédiate.

La menace physique peut aussi être une externalisation du complot ourdi par Scytale, le Danseur-Visage du Bene Tleilax, qui semble viser le « changement de régime » avec un non-dit sur la cible exacte, là où Irulan voit un attentat direct contre la personne de Paul. Dans le texte, le complot est dévoilé dès le premier chapitre : la déstabilisation du pouvoir de Muad’Dib passe par Hayt avec la double mission de brouiller la psyché de Paul et les sentiments d’Alia. L’attaque au brûle-pierre, qui représente une atteinte physique non létale, est dirigée contre Muad’Dib mais est pilotée par les conspirateurs fremens, Korba et les prêtres fremens renégats manipulés dans l’ombre par le Danseur-Visage Scytale.

Car en effet, l’ennemi est aussi intérieur. Une opposition issue d’une fracture idéologique et spirituelle profonde après l’accession de Paul Muad’Dib au trône impérial et qui se poursuit dans le prochain roman. Ce dernier ne figurant pas dans la to-do list de Denis Villeneuve, il est possible que cet axe ne soit pas évoqué dans le film. Toutefois, voir un Paul au visage marqué et aux yeux tirés à la fin de la bande-annonce peut laisser supposer que l’attentat, lui, soit inclus dans le film.

D’un point de vue visuel, le brutalisme villeneuvien renforce l’aspect dévastateur et cruel du Jihad de Paul à travers la galaxie : conquêtes et destructions qui placeraient Paul au-delà de toute rédemption. Dans Le Messie de Dune, Paul reconnaît la culpabilité des soixante et un milliards de morts causés en son nom à travers la galaxie. Pourtant, sa posture n’est pas celle d’un homme implorant le pardon ou cherchant la rédemption, mais celle d’un souverain piégé par les mécanismes du pouvoir, du mythe et de sa vision. Il est conscient que la machine religieuse va lui échapper désormais complètement.

~~~

Il y a peu, réfléchissant à la question des principales difficultés d’adaptation du Messie de Dune, il devenait clair que c’était là que résidait le principal tour de force pour un réalisateur : rendre visible ce qui est intériorisé. Le texte en soi comporte tout ce dont on a besoin en termes de trame narrative, de problématiques et de personnages pour en faire un quelconque film. Mais la déconstruction brutale du paradigme héroïque éxige du public d’aimer non pas la victoire du héros mais la pertinence de sa perte. Et cela pose un problème dans la logique traditionnelle du film à gros budget: une pilule qu’il va falloir faire passer avec, sinon subtilité, d’autres ressorts narratifs et cinématographiques.

~~~


Bande Annonce 1

Bande Annonce 2

About ionah

Administrateur de DAR, ionah is a monkey - but that's ok.
This entry was posted in Actualité, Cinéma, Dune, Prospective and tagged , , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.