Pouvoir et Corruption

« Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. »

John Emerich Dalberg, lord Acton (1834-1902)

capture_087Lors d’une interview [1] promotionnelle accordée par David Lynch et Frank Herbert juste avant la sortie du film en Décembre 1983, l’auteur revient sur quelques concepts directeurs de son œuvre et y expose le fond de sa pensée sur la question du pouvoir et de la corruption.

[…] ce que je voulais, c’était quelque chose qui montre l’impact d’un messie sur l’histoire, en tant que créateur d’une structure de pouvoir. Car inévitablement, qu’importe la bonté du messie, d’autres personnes entrent en scène et sont attirées par cette structure de pouvoir. Je pense que l’idée du pouvoir corrupteur — et par extension du pouvoir absolu corrompant absolument — est erronée. C’est passer à côté de la vérité. Je pense qu’en réalité, le pouvoir attire ce qui est corruptible.

Frank Herbert

Par là, il insiste pour se défaire du principe de Lord Acton selon lequel c’est le pouvoir qui corrompt. Le pouvoir peut être corrupteur, et la structure de pouvoir être le lieu de la corruption par excellence mais il veut aller plus loin et indiquer que le corrompu est prédisposé à la corruption en tant que corruptible. D’ailleurs, il utilise la même formulation dans la Maison des Mères qu’il va alors publier en 1985 lors d’un échange entre l’imprégnatrice Lucille et la Très Honorée Matriarche Dama ou dans les réminiscences de la Mémoire Seconde de Murbella.

— Ha ! Et moi qui croyais que vous alliez m’apprendre quelque chose de nouveau ! Nous connaissons déjà ça. « Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument. »

— C’est inexact, Dama. C’est quelque chose de plus subtil mais aussi de bien plus insidieux. Le pouvoir exerce une grande attraction sur les natures corruptibles.

Chapt. 18, 86-87

Le pouvoir exerce une grande attraction sur les natures corruptibles. Le pouvoir absolu exerce une attraction encore plus grande sur les natures infiniment corruptibles.

Chapt. 36, 81-83

Frank Herbert fait du Bene Gesserit une organisation experte en question du pouvoir. Déjà dans le premier roman, sa fonction politique est mis en évidence lors du test d’humanité que Paul Atréides doit subir aux genoux de Mohiam. Par la suite, et essentiellement dans les deux dernier livres, cette organisation devient, en suivant les enseignements de l’Empereur-Dieu, le gardien du Sentier d’Or en devenant quasiment une agence anti-corruption. En effet, dans le quatrième roman, le lecteur devra suivre les cours magistraux inculqués par Leto II à Moneo ou à Duncan dans lesquels il met en garde contre l’attrait latent que toute structure de pouvoir peut exercer sur les individus intéressés.

— Le pouvoir de base est toujours dangereux parce qu’il attire des gens qui sont vraiment insensés, des gens qui recherchent le pouvoir uniquement pour lui-même. Tu me comprends bien?

— Oui, Mon Seigneur. C’est la raison pour laquelle vous donnez rarement suite aux sollicitations de ceux qui veulent faire partie de votre gouvernement.

— Excellente réponse, Moneo!

Emp. 18, 31-33

— Par mon nom, je t’assure que ce n’est pas vrai ! La police est invariablement corrompue.

— Vous avez voulu me tenter par le pouvoir, accusa Idaho.

— C’est là l’épreuve, Duncan.

— Vous ne me faites pas confiance?

— Je fais aveuglément confiance à ta loyauté envers les Atréides.

— Alors, qu’est-ce que c’est que cette histoire de corruption et d’épreuve?

— C’est toi qui m’accuses d’entretenir une force de police. La police observe toujours que les criminels prospèrent. Il faut qu’un policier soit véritablement borné pour ne pas constater qu’une position d’autorité est la plus prospère des positions criminelles que l’on puisse attendre.

Emp. 29, 53-59

capture_086Et dans le cinquième et le sixième roman, c’est donc le Bene Gesserit qui prend la relève en tentant de réformer et de phagocyter les Honorées Matriarches.

L’administration devient, en tant que figure de la structure du pouvoir, la cible des critiques de Frank Herbert dans son œuvre. Qu’elle soit d’obédience religieuse (comme le clergé de l’Église de Muad’Dib ou celui du Dieu Fractionné sur Rakis) ou militaire (telle celle des Honorées Matriarches), c’est l’instauration hyper-hiérarchique et inflexible d’une structure de prise de décision qui représente le plus grand danger du pouvoir. Comme il le souligne dans l’entretien, le manque de contre-pouvoir et de forces critiques dans l’entourage du chef de file est à la fois le symptôme de la dangerosité du système et le facteur déterminant de la capacité d’attraction des corruptibles. Et il illustre son aversion pour de telles structures à diverses reprises dans le cycle (surtout dans les trois derniers romans).

Je pense que c’est la raison pour laquelle de grandes structures de pouvoir comme le Kremlin, le Pentagone ou Sandhurst deviennent essentiellement des réceptacles. Car elles accueillent en leur sein un grand nombre de gens qui ne désirent le pouvoir que pour le pouvoir, pour qui le pouvoir est une fin en soi. Mon estimation est qu’un très grand pourcentage de ces gens sont fous à lier. Et que les erreurs d’un leader sont amplifiées par le nombre de ceux qui le suivent sans poser de question. C’est avec cette idée que tout a commencé. Je voulais raconter l’histoire d’un messie qui explore ce processus.[…]

Tous les messies de l’histoire que j’ai étudiés étaient des réformistes, et pour de bonnes raisons. Jésus voulait réformer la religion. Il croyait profondément qu’elle était devenue corrompue. La chose est vraie pour Mahomet également, c’était un réformiste. Zoroastre était lui aussi un réformiste. Chacun de ces individus étaient évidemment charismatiques. Les dirigeants charismatiques sont dangereux, car le peuple les suit sans poser de questions. Ils se rendent à l’évidence que le leader charismatique a raison lorsqu’il déclare que : « Cela a besoin d’être réformé. » Ils forment alors une ligne derrière lui. Et ce que je dis, c’est que même si les jugements du leader charismatique sont absolument justes et bons, une structure de pouvoir finit par se déployer qui enfle comme des forces s’accumulent dans un aimant, autour des extrémités polarisées de cette structure de pouvoir.[…]

Si bien sûr, le mythe messianique faisait partie de leur histoire. Mais Bouddha était un réformiste. Et Jésus était un réformiste. À chaque fois, il s’agit d’un individu, d’un leader charismatique, qui voit quelque chose qui a besoin d’être réparé. Il y a nécessairement un travail de réparation. Et un grand nombre de gens proclament : « Oui, vous avez absolument raison monsieur le leader charismatique et nous allons vous suivre. » Puis les choses se mettent en mouvement.[…]

Car j’ai créé un dirigeant charismatique. Vous auriez les meilleures raisons de suivre Paul. Il était honnête, digne de confiance et loyal envers son peuple – jusqu’à se sacrifier pour eux s’ils le voulaient. Et leur réaction fut de le suivre sans résister, sans poser de questions. Je pense par exemple que John Kennedy a été le plus dangereux président que nous ayons eu durant ces dernières années. Non pas parce que je pense que l’homme était mauvais — je pense au contraire que c’était un type bien, et j’aurais adoré boire un verre et jouer aux cartes avec lui —, mais parce que les gens ne questionnaient jamais son autorité.

Frank Herbert

Comme il était délicat, cependant, de détenir le pouvoir au sein d’une espèce si désireuse de se voir dicter ses actes. Les intéressés se doutaient peu de la situation qu’ils créaient par ce besoin. Les chefs, de tout temps, commettaient des erreurs. Et ces erreurs, amplifiées par le nombre de ceux qui suivaient sans poser de questions, conduisaient inévitablement à des catastrophes.

Le syndrome du lemming.

Bien sûr, les autres Sœurs la surveillaient de près. Tous les gouvernements avaient besoin d’être tenus pour suspects durant leur temps de pouvoir. C’était valable aussi bien pour le Bene Gesserit.

Ne faites confiance à aucun gouvernement! Pas même au mien!

En cet instant même, elles me surveillent. Il y a très peu de choses qui échappent à mes Sœurs. Elles connaîtront mon plan en temps voulu.

Affronter la réalité de l’immense pouvoir qu’elle exerçait sur la Communauté des Sœurs requérait de sa part un constant effort de purification mentale. Ce pouvoir, je ne l’ai pas recherché. On me l’a mis sur les bras. Et elle pensa aussitôt : Le pouvoir attire les corruptibles. Tous ceux qui le recherchent sont à soupçonner. Elle savait qu’il y avait toutes les chances pour que les gens de cette sorte soient déjà corrompus à la base et irrécupérables.

Elle prit mentalement note d’adresser une Coda aux Archives. (Que Bell transpire un peu sur celle-là !) : « Nous devrions confier les responsabilités du pouvoir uniquement à celles qui sont réticentes à l’idée de le détenir, et encore dans des conditions propres à accroître cette réticence. »

Chapt. 17, 24-28

Les divagations de la Mémoire Seconde de Murbella hantaient à présent son esprit bien qu’il y reconnût certains enseignements de base du Bene Gesserit.

Le pouvoir exerce une grande attraction sur les natures corruptibles. Le pouvoir absolu exerce une attraction encore plus grande sur les natures infiniment corruptibles. C’est là le danger que représente la bureaucratie retranchée pour les populations qu’elle soumet. Même le népotisme électoral est préférable car les seuils de tolérance y sont plus bas et la corruption peut être périodiquement nettoyée. La bureaucratie retranchée est rarement atteinte en dehors du recours à la violence. Mais gare, si les fonctionnaires et les militaires se donnent la main !

C’était ce que les Honorées Matriarches avaient réussi à accomplir.

Chapt. 36, 81-83

Le troisième retint plus longtemps son attention. Grand de taille, combinaison noire de bonne coupe sur laquelle était passée une austère vareuse également noire. Le tout impeccablement ajusté. Matériau coûteux. Ni décoration ni insigne. Mâle, sans le moindre doute. Il affectait une expression d’ennui et cela permit à Teg de lui accoler une étiquette. Visage étroit, hautain, yeux marron, lèvres fines. Mais surtout, il s’ennuyait. Comme il s’ennuyait ! Tout ce qui se passait ici était pris sur son temps précieux. Des affaires bien plus urgentes l’appelaient ailleurs et les deux autres, ces vulgaires subalternes, ne semblaient pas encore l’avoir bien compris.

Celui-là, se dit Teg, est l’observateur officiel.

Il avait été envoyé ici par les maîtres de ces lieux pour observer et rapporter ce qu’il avait vu. Où était sa mallette? Aaah, oui ! Elle était là, posée contre le mur derrière lui. Ces mallettes étaient de véritables badges pour les fonctionnaires de sa sorte. Au cours de sa tournée d’inspection sur Gammu, Teg les avait remarqués dans les rues d’Ysaï ou des autres cités de la planète. Les mallettes étaient de différentes tailles. Plus le fonctionnaire était important, plus la mallette était fine et étroite. Celle qui était posée ici contre le mur devait à peine contenir quelques bobines et un petit œil com. Un fonctionnaire comme celui-ci ne se séparait jamais de l’œil qui lui permettait de communiquer avec ses supérieurs. La mallette était minuscule. Ce devait être quelqu’un de très haut placé.

Il se prit à se demander quelle serait la réaction de ce personnage s’il lui demandait soudain : «Qu’allez-vous leur dire sur mon stoïcisme?»

La réponse était déjà inscrite dans ce visage agacé. Il ne répondrait même pas. Il n’était pas là pour répondre. Quand celui-là s’en ira, songea Teg, il marchera à longues enjambées, ses pensées déjà loin devant lui, en un lieu où lui seul sait à quelles puissances il devra rendre compte. Et il fera claquer cette mallette contre sa cuisse pour se rappeler sa propre importance et pour attirer l’attention des autres sur ce symbole de son autorité.

Her. 36, 14-20

Tous les gouvernements sont affligés d’un grave problème chronique : le pouvoir exerce une grande attraction sur les natures pathologiques. Ce n’est pas tant que le pouvoir corrompt, mais il fascine les sujets corruptibles. Ces gens ont tendance à s’enivrer de violence, ce qui crée rapidement les conditions d’une accoutumance fâcheuse.

Chapt. 9, 1

capture_088Dans la problématique posée par Frank Herbert, le pouvoir absolu ne fascine plus seulement le corruptible: il l’hypnotise. Aussi, un message récurrent dans les bons préceptes de gestion des organisations est de ce méfier de ceux qui détiennent ou veulent le pouvoir, des gens qui ne désirent le pouvoir que pour le pouvoir, pour qui le pouvoir est une fin en soi. Leto II et Odrade ont bien assimilé ce-ci.

Mais il y a un procès d’intention manifeste dans ce mode de pensé qui peut se révéler contre productif si appliqué à la lettre. Si le pouvoir peut attirer à lui les corruptibles, tous ceux qui viennent au pouvoir ne sont pas nécessairement corruptibles. Et évincer systématiquement du processus de sélection ceux qui se portent volontaires aux responsabilités sur le simple critère de la suspicion ne peut que priver la structure de pouvoir des éléments les plus motivés et générer autour d’elle des stratégies de contournement opaques parmi les corruptibles.

L’idée selon laquelle seules les gens désintéressées sont les plus à même d’occuper les fonctions du pouvoir remonte à la Grèce antique. Le Philosophe-Roi est le modèle de référence: il est le dirigeant idéal de la cité idéale selon Platon, car le philosophe ne désire pas le pouvoir. Un désintéressement qui lui permettrait donc d’en faire un bon usage. Et Leto II, – en tant qu’Empereur-Dieu – en est un avatar.

Οὕτω γὰρ ἔχει, ἦν δ’ ἐγώ, ὦ ἑταῖρε· εἰ μὲν βίον ἐξευρήσεις ἀμείνω τοῦ ἄρχειν τοῖς μέλλουσιν ἄρξειν, ἔστι σοι δυνατὴ γενέσθαι πόλις εὖ οἰκουμένη· ἐν μόνῃ γὰρ αὐτῇ ἄρξουσιν οἱ τῷ ὄντι πλούσιοι, οὐ χρυσίου ἀλλ’ οὗ δεῖ τὸν εὐδαίμονα πλουτεῖν, ζωῆς ἀγαθῆς τε καὶ ἔμφρονος. Εἰ δὲ πτωχοὶ καὶ πεινῶντες ἀγαθῶν ἰδίων ἐπὶ τὰ δημόσια ἴασιν, ἐντεῦθεν οἰόμενοι τἀγαθὸν δεῖν ἁρπάζειν, οὐκ ἔστι· περιμάχητον γὰρ τὸ ἄρχειν γιγνόμενον, οἰκεῖος ὢν καὶ ἔνδον ὁ τοιοῦτος πόλεμος αὐτούς τε ἀπόλλυσι. καὶ τὴν ἄλλην πόλιν. [2]

La République, Livre VII (521a), Platon

Pourtant, il reste à comprendre ce qu’est un corruptible, et ce qui rend le pouvoir attractif aux corruptibles.

Dans le paradigme de Frank Herbert, la structure du pouvoir est essentiellement conservatrice (dans le sens du maintien du statu quo): les fonctions et les individus sont agencés afin d’assurer que l’objet ou la source du pouvoir est pérenne. Dans Dune, la source du pouvoir change selon l’époque et le scénario: tantôt c’est l’épice, tantôt la capacité de pré-science. Le contrôle du Mélange permet d’assoir son pouvoir sur l’Univers («he who controls the Spice controls the Universe»), mais le contrôle de la vision de l’Avenir le peut aussi (tel le Kwisatz Haderach que recherchent aussi bien les Soeurs du Bene Gesserit que les Maîtres du Tleilax).

capture_089Si le pouvoir peut se résumer à être une capacité à produire un effet, à être une possibilité d’action sur quelqu’un ou sur quelque chose – capacité qui peut être naturelle ou déléguée – la structure du pouvoir, elle, régit cette mise en capacité en vue de servir les fins de l’organisation qui instaure cette structure. La structure du pouvoir va donc organiser la redistribution et l’agencement de ce pouvoir parmi ses administrateurs et ses administrés et cette délégation du pouvoir vise et présuppose que le bénéficiaire du mandat use de ce pouvoir en vue de servir les fins de l’organisation.

Le corrompu est celui qui – dans cette structure de pouvoir – a employé cette capacité qu’il a reçu en délégation à d’autre fins que celles visées par la structure. Selon Transparency International [3], « la corruption consiste en l’abus d’un pouvoir reçu en délégation à des fins privées ». Communément perçues, celles-ce sont plus personnelles ou intéressées que celles visées par l’organisation, mais elles en sont essentiellement déviantes. Le corrompu est le souvent désigné comme un vendu dans le sens où il a offert sa capacité à un usage autre que celui originellement poursuivit en échange d’une rétribution avantageuse. La nature et les formes de cette corruption peuvent être diverses et variés, et donc plus ou moins visibles voire plus ou moins conscientes pour les acteurs mêmes de la corruption.

La corruption revêt des déguisements infinis.

Chapt. 11, 1

Si le corrompu est celui qui a vendu sa capacité, le corruptible est celui qui veut vendre et sait pouvoir vendre cette capacité. Ainsi le corruptible va être attiré par la structure de pouvoir afin de matérialiser cette vente, parce qu’il voit dans cette structure l’opportunité de faire commerce d’attributions que sinon il n’aurait pas. Le corruptible est ainsi d’autant plus dangereux qu’il comporte une charge intentionnelle qui est nocive au bon fonctionnement de la structure car il n’aura de faire que de privilégier son intérêt sur celui de l’organisation.

Jeder ist käuflich, nur der Preis ist anders [4]

Sagesse Teutone


[1] pour lire la transcription proposée par RageMag ou bien la bande son originale sur le forum

[2] lire la traduction du Livre VII de la République de Platon, l’argumentation sur le désintéressement du philosophe pour la pouvoir se trouve entre (520b) et (521c)

[3] voir sur le site de Transparency International 1. How do you define corruption?

[4] traduction littérale: Chacun peut être acheté, seul le prix est différent.


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Une réponse à Pouvoir et Corruption

  1. ionah dit :

    un fil de discussion est aussi ouvert sur le Forum de DAR.
    vos remarques et commentaires y sont les bienvenus
    >> http://forum.dune-sf.fr/index.php?topic=3110.0

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